La lumière comme matière : Au-delà de l’image
Certains photographes retournent à la chimie et aux procédés anciens ; d’autres explorent de nouvelles formes de narration. À l’aube du bicentenaire de la photographie (2026–2027), je choisis une troisième voie : une recherche sur l’espace-temps où la vitesse de la lumière devient l’outil principal de ma composition. Ma recherche artistique vise à capturer ce flux lumineux pour créer un autre espace-temps et le saisir dans un seul temps de pose.
Depuis 2018, j’étudie le langage visuel des métropoles pour aborder un sujet encore trop méconnu : la pollution lumineuse. Si mes premières séries montréalaises s’appuyaient sur la postproduction, ma pratique est aujourd’hui plus directe, presque artisanale. Équipé d’un moyen format Fujifilm GFX 100S II, je construis mes images directement à la prise de vue. Par des temps de pose longs et des mouvements intentionnels (ICM) que j’ai perfectionnés, je pratique ce que je nomme la « spectralisation contrôlée ». Je ne capture pas une donnée informatique ; j’inscris une trace lumineuse physique sur le capteur.
Prenons l’exemple de cette photographie de la tour Eiffel. Ce monument, icône universelle, pose un défi : comment s’approprier un sujet si photographié, dont l’éclairage nocturne est encore protégé par le droit d’auteur ? Dans un monde saturé d’images, où le photographe est souvent relégué au rang de presse-bouton, je cherche à développer une signature visuelle indéniable.
Dans cette image, la structure reste ancrée, nette, reconnaissable. Pourtant, un basculement s’opère : la lumière s’étire et se fragmente en particules s’élevant bien au-delà du sommet de fer. Ce n’est pas une simple distorsion, c’est un prolongement. La tour devient le symptôme d’une énergie que nos villes exhalent en continu, une présence lumineuse qui persiste indépendamment de l’humain.
Chaque métropole utilise aujourd’hui la lumière comme un argument d’attractivité économique, repoussant sans cesse les limites de la nuit. C’est ce phénomène qui est au cœur de mon projet. Je pose une question écologique : pourquoi ces structures brillent-elles encore dans le vide ?
En deux siècles, la photographie a témoigné et sublimé. Je propose aujourd’hui une pratique hybride, entre geste manuel et précision numérique : une œuvre qui ne se contente pas de corriger le réel, mais qui le complète par ce que l’œil humain ne sait plus percevoir.
Texte en cours d’écriture…
