Texte de Jérôme Langevin. (version courte)
Le projet « Toxic / La métamorphose du regard » explore la perception de l’art au sein d’un environnement fragilisé par l’impact humain. Initiée en 2017 à la suite de mouvements citoyens pour la protection de la planète, cette recherche interroge la responsabilité éthique de l’acte créateur face à un univers déjà menacé.
L’œuvre prend forme à travers l’usage de matières résiduelles : cure-dents et polystyrène sous une couche de peinture noire. Si cet objet n’avait initialement qu’une utilité visuelle et répondait à une satisfaction personnelle, j’ai choisi de lui donner une « autre vie » en le transformant par la médiatisation photographique. En utilisant différentes prises de vue, l’objet mute pour devenir une forme organique rappelant parfois un virus, un œil. Cette série souligne l’écart critique entre la réalité brute, son traitement technique et la perception qui en découle, et questionne la possibilité que le processus créatif lui-même devienne un agent de perturbation pour l’environnement.
La démarche propose un véritable « reset » du regard. En multipliant les points de vue, l’artiste cherche à briser la vision unidimensionnelle du réel afin de contrer la toxicité de l’information et le manichéisme ambiant. Face à l’uniformisation de la pensée et à un climat social de plus en plus anxiogène, ce travail vise à cultiver des « anticorps » intellectuels. En transformant la peur en désir d’ouverture, le projet revendique la liberté fondamentale du sujet à interpréter la complexité du monde plutôt que de céder aux idées reçues.
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Texte de Jérôme Langevin. (version longue)
En ce qui a trait à notre vision du monde, l’art est avant tout une question de regard, d’angle, d’éclairage. Voir autrement les choses, c’est d’abord apprendre à multiplier les points de vue. En modifiant sa position par rapport à un objet, une nouvelle, une personne, on réinitialise la relation qu’on entretient avec cet objet et on en déjoue la toxicité.
Toxic / La métamorphose du regard propose une modification de points de vue successifs, de sorte que le sujet regardant ne se limite pas à une vision unidimensionnelle du réel. Par la création d’un objet sculpté, puis par sa médiatisation photographique démultipliée, le sujet-spectateur comprend l’écart qui existe entre une réalité, son traitement et la perception qui en découle. Au lieu de se satisfaire d’une seule et unique interprétation qui confirme ses croyances, le sujet garde ici en tête la multiplicité des interprétations possibles.
C’est par sa capacité à entrevoir la réalité sous plusieurs formes que l’individu opère un reset, que son unicité prend son sens puisqu’elle devient le lieu d’une éventuelle synthèse, d’un travail distinctif d’interprétation du réel qui, lui, s’oppose à une pure et simple adhésion aux idées reçues.
Autrement dit, il faut plusieurs clichés pour pouvoir sortir du cliché, du manichéisme; pour effectuer le reset du regard et redevenir agissant dans sa relation à l’autre et au monde et contrer la toxicité de l’information.
Pour contrer la toxicité d’une information, il nous faut développer des anticorps et s’exposer à d’autres sources d’information. C’est de ce regard synthèse et de cette stratégie de perception globale que peuvent naître le changement et la mise en échec du virus de l’uniformisation de la pensée et du politique.
Cette multiplicité de points de vue, n’est-ce pas là la liberté fondamentale du sujet? Une liberté menacée aujourd’hui par un impérieux besoin de certitudes et le réflexe pour chaque être humain de réduire le nombre de données à traiter alors que notre rapport au monde vacille et devient de plus en plus anxiogène. La peur, le repli sur soi, la perte de perspective prendraient-ils le dessus sur l’ouverture, le désir? N’est-ce pas cette contamination-là qui nous guette?
Texte de Jérôme Langevin. (version longue)
Fiche Technique
Thierry du Bois, Toxic/ La métamorphose du Regard
Montréal, 2019, Installation
1 sculpture,
6,5 pouces de diamètre, 3,5 pouces de haut
Edition 1/1
5 Impressions a encre pigmentée sur Papier photo premium glacé 250g – Montage sous Acrylique sans reflet Montée avec Adhésif PH Neutre et Stabilisant UV – Moulure 3/4 » x 3/4 » Aluminium naturel
24X36 pouces
Edition 1/5
