Reportage de Nicolas Bruwier (journaliste) – Thierry du Bois (photographe) – Février 2014.

 

L’impact de la crise syrienne sur le Liban et la Jordanie :

Notre reportage a commencé au camp de réfugiés de Zaatari, à la frontière jordano-syrienne. Bien que ce camp ait déjà été évoqué dans de nombreux reportages, la réalité sur place était différente de celle décrite dans les médias au cours des derniers mois. En effet, nous avons trouvé une situation relativement stabilisée et calme. Dans les faits, Zaatari ressemble de plus en plus à une ville implantée dans un désert. Par ailleurs, comme toutes les implantations humaines « spontanées » (le camp n’a cessé de croître depuis août 2012), le camp commence à vivre une série de problèmes qui pourraient devenir sérieux dans le cadre d’une implantation à long terme.

En ce sens, les interlocuteurs du World Food Programme et de Médecins du Monde que nous avons rencontré sur place nous ont fait part de la transition et la mise en place du système à long terme – et plus particulièrement suite à l’échec des négociations de Genève II. En outre, Jonathan Campbell, coordinateur de la réponse à la crise syrienne pour le WFP Jordanie nous a fait parts des difficultés actuelles sur le terrain. Le camp est ouvert mais surveillé par la police et l’armée jordaniennes. Les réfugiés qui ont quittés officiellement le camp sont ceux qui ont reçu une autorisation du gouvernement jordanien à s’installer ailleurs car ils ont suffisamment de revenus pour le faire. Nous avons recueilli plusieurs témoignages sur la question.

Le Liban n’a en revanche jamais signé la convention de 1951 sur les réfugiés et n’autorise pas le HCR à construire de camp de réfugiés. Le pays du cèdre n’a en revanche pas fermé ses frontières (contrairement à la Jordanie) et il est actuellement le premier pays d’accueil des réfugiés syriens. Quelle réaction est la plus judicieuse? Un des nombreux problèmes auxquels les réfugiés sont confrontés est leur statut de réfugié qui les empêche de travailler. Certains d’entre eux ont quitté leur terre natale il y a maintenant près de trois ans et se sentent désormais inutiles, ce qui amène de nombreuses personnes à un état dépressif. D’autre part, selon plusieurs psychologues de Médecins du Monde que nous avons rencontré en Jordanie et au Liban, il apparaît que les troubles psychologiques (voire psychiatriques) dont souffre les réfugiés peuvent évoluer après avoir passé l’état de choc initial. Les moyens pour traiter les problèmes de santé mentale manquent cruellement.

En effet, nos interlocuteurs, ainsi que les réfugiés, nous ont fait part de la saturation du système actuel à de nombreuses reprises. Cette saturation est encore plus présente au Liban, où les conditions d’accueil et d’aide aux populations syrienne sont de plus en plus difficiles. Dans la Vallée de la Bekaa, de nombreux réfugiés se plaignaient de leur situation. Nous avons évoqué leurs plaintes au HCR et au WFP afin de comparer les points de vue et de comprendre où se situent les problèmes réels.

Le Liban a dépassé le million de réfugiés syriens sur son territoire fin 2013 et devrait en compter 1,5 million d’ici la fin de l’année 2014. Pour ce pays qui compte seulement 4 millions d’habitants, cette augmentation exponentielle du nombre de personnes en détresse rend l’économie du pays encore plus précaire qu’elle ne l’était auparavant. À cause de l’arrivée continue de réfugiés, les ONG’s et les différentes agences de Nations Unies opérant sur place sont en demande croissante de fonds. Les budgets sont uniquement calculés à court terme (6 à 8 semaines) et de nombreuses coupes dans l’aide humanitaire attribuée à chaque individu ont déjà été réalisées. Bob Eerens, le responsable belge du centre d’enregistrement des réfugiés du HCR à Tripoli ainsi que sa collègue libanaise Bhatoul Ahmed nous ont fait part l’équilibre fragile de l’aide humanitaire au Liban.

La Jordanie présente, quant à elle, un tout autre cas de figure. Ayant peu de ressources propres (aucune ressources minérales ou énergétiques, une agriculture sous-développée  et un tourisme balbutiant), elle dépend énormément des aides internationale et représente actuellement un point d’ancrage stratégique stable pour de nombreuses ONG’s. Officiellement, 586.000 réfugiés syriens sont actuellement enregistrés en Jordanie mais le gouvernement estime qu’ils pourraient également atteindre le million de personnes.

Un récent rapport des Nations Unies fait état de la situation économique extrêmement fragile dans les deux pays. Le rapport fait état de la nécessité de croissance du PIB allant de +1,3% (2013) à +2,4% (2014) pour le Liban et de +3,2% (2013) à +3,9% (2014) pour la Jordanie.

Ce reportage a été réalisé avec l’aide Médecin du Monde : www.medecinsdumonde.be